Quelques idées fausses à ne pas perpétuer.

 

Sur les langues parlées par les apôtres : des langues sans précision, employées par des gens sans instruction ? En fait une belle langue ayant déjà vingt siècles d’existence et de perfectionnement au temps de Jésus, employée dans le très grand empire parthe et sur les routes des chameaux (vers la Chine, l’Inde…) par plus de locuteurs que le grec. Mais comme toutes les langues avec une variation dialectale continue.

 

Sur les textes araméens conservés : il n'y en a pas ? : si, la tradition orale est encore très vivante dans l’aire de l’araméen véhiculaire et la difficile conservation des parchemins dans le secteur humide mésopotamien et oriental a laissé moins de documents que la multiplication des éditions grecques et la conservation des papyrus dans le désert égyptien sec.

 

Sur la conservation de l’araméen aujourd'hui ; il n'y a plus d’araméophones aujourd'hui sauf dans le village de Maloula en Syrie près d’Alep ? Non : l’araméen moderne est encore parlé par près d’un million de locuteurs dont 700.00 en Irak, le reste dans les pays voisins et la diaspora dans le monde occidental. Ils sont en grande majorité des membres de la Grande Église de l’Orient, patriarcat de Babylone majoritairement rattachés à Rome.

 

Sur les langues parlées à Rome : le grec chez les gens cultivés et un latin populaire ? : Non : un grec populaire pour le commerce méditerranéen, un araméen parmi la communauté orientale surtout hébraïque, un latin commun sauf dans les milieux aristocratiques qui parlent grec comme on parlait français à Saint-Pétersbourg sous Catherine II. L’Église primitive a des premiers papes judéo-chrétiens (Pierre, Lin, Clet, Clément, Sixte) avant d’avoir des papes parlant latin et grec puis seulement latin. Se méfier de la portée limitée d’une langue aristocratique même si les écrits l’emploient davantage.

Sur l’hébreu parlé à Jérusalem : utilisé pour l’enseignement des rabbis et la synagogue ? Non : l’hébreu est peu utilisé sauf pour les controverses, et au Temple mais les synagogues semblent déjà toujours célébrer en araméen ; les textes liturgiques anciens de la synagogue sont en araméen, les textes hébreux résultant de la restauration savante de cette langue à Babylone après le Ve siècle. Il y a plus de textes araméens à Qumran que de textes français à la bibliothèque de Saint-Germain des Près aux XVIIIe siècle où le latin est pratiquement seul écrit, alors qu’il n’est plus parlé par l’élite ni le peuple et pourtant facteur d’unité en célébration ecclésiale mieux qu’au Temple.

Sur la langue des évangiles : tout en grec, araméen perdu ? Non : tout en araméen ; nous disposons de textes en araméen précis mais avec des variantes dialectales mésopotamiennes qui éliminent les hébraïsmes religieux des hébreux parlant araméen en Palestine. Par contre nous disposons de plus nombreux textes en grec, produits par les éditeurs de l’empire, avec beaucoup de variantes et de fautes qui ont permis d’en dresser un arbre généalogique et de remonter jusqu'aux textes du début du deuxième texte.

 

Sur la culture des apôtres : On lit dans l’évangile que ce sont des gens sans instruction ? Oui, mais dans la bouche des gens du Sanhédrin, ceci exprimait qu’ils n’avaient pas été l’élève des rabbis (3 ans d’étude supérieure biblique et juridique). Mais ils avaient été l’élève de Jésus, le grand rabbi rejeté, et leur culture biblique devait être très supérieure à celle de nos docteurs d’université mais sans la sanction de diplômes (qui n’existaient pas, puisque le titre était : ancien élève de rabbi untel) ; une culture très orale.

 

Sur l’oralité : l’oralité est une culture de pauvres gens, qui laisse perdre ses souvenirs et ses traditions rapidement et sans précision ? Non : le recueil des traditions sur le Temple plusieurs siècles après la disparition de sa liturgie atteste le contraire. Pourquoi les judéo-chrétiens auraient-ils été moins respectueux de leurs traditions que les judéo-pharisiens ? Leurs reliques matérielles étaient mieux conservées que les reliques des rabbis, leur Peshitta aussi fidèle que le texte des massorètes.

 

Sur l’Église : l’Église s’est développée en Occident seulement dans l’empire romain ? Non : les apôtres ont enseigné dans le monde et leur temps et seulement 5 des 12 sont allés dans l’empire romain (Palestine exclue avec Jacques), les 6 autres sont allés au Nord de l’Asie Mineure, dans l’Empire parthe avec l’Arménie, la route de l’Inde et de la soie, l’Inde, l’Arabie, l’Afrique. L’Église de l’empire a été longtemps minoritaire (Palestine exclue) avant de devenir majoritaire après les massacres de Tamerlan.